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En 2005, j'ai intégré l'École de gendarmerie de Tulle pour suivre ma formation de gendarme adjoint volontaire. J'avais 19 ans. Je suis arrivée avec la volonté de servir, de réussir ma formation et de construire une carrière au sein de la gendarmerie.

Très rapidement, j'ai évolué dans un climat de pression et d'humiliations. DEUX instructeurs adoptaient des comportements dévalorisants et des sanctions que je vivais comme disproportionnées. Peu à peu, je me suis isolée, craignant que toute réaction ne compromette ma réussite.

Au cours des permissions de fin d'année, alors que la caserne était quasiment vide et que j'étais restée seule après avoir manqué le dernier train, un instructeur est entré dans ma chambre sans autorisation. J'étais malade, épuisée et particulièrement vulnérable.

Cette nuit-là, il m'a imposé des actes sexuels sans mon consentement. Tétanisée par la peur, incapable de comprendre ce qui se passait ou de réagir, je suis restée en état de sidération. Aujourd'hui, je sais que cet état est une réaction psychotraumatique reconnue chez de nombreuses victimes de violences sexuelles.

Pendant près de vingt ans, je n'ai pas été en mesure de mettre des mots sur ce que j'avais subi. La honte, la peur, les mécanismes de dissociation et l'amnésie traumatique ont enfoui ces souvenirs. Pourtant, les conséquences ont toujours été présentes : anxiété, hypervigilance, perte de confiance, instabilité émotionnelle et difficultés à me sentir en sécurité.

À ma sortie de l'école, un proche (ami gendarme) a rapidement constaté que quelque chose n'allait pas. Il m'a encouragée à consulter un psychiatre, mais à cette époque, je n'étais pas capable de relier mon état aux violences que j'avais subies. J'ai interrompu ce suivi après seulement deux consultations.

Ce n'est que récemment, dans le cadre d'un accompagnement thérapeutique, que les souvenirs sont revenus progressivement. Ils ont révélé non seulement le viol que j'avais subi, mais également l'existence de sévices d'une extrême gravité, susceptibles de relever de qualifications pénales, dont je n'avais plus conscience jusqu'alors en raison de l'amnésie traumatique.

À l'issue de ma formation, des constatations médicales importantes ont été réalisées lors de ma visite de fin d'incorporation, alors qu'aucune anomalie n'avait été relevée avant mon entrée à l'École de gendarmerie. Ces éléments figurent dans mon dossier médical militaire et constituent, à mes yeux, des pièces essentielles pour comprendre le contexte dans lequel les faits se sont déroulés.
Pourtant, malgré mes demandes répétées, ce dossier médical ne m'a jamais été communiqué. Je considère qu'il pourrait contenir des éléments objectifs susceptibles d'éclairer les investigations et de corroborer une partie des faits que je relate aujourd'hui.

J'ai également appris, au fil de mes démarches, qu'une autre ancienne gendarme rapportait avoir été victime d'une tentative de viol dans un contexte similaire durant ses classes elle aussi par un instructeur qui fut muté pour étouffer l'affaire (le Gd L.) . Je ne peux pas dire si ces faits sont liés, mais cette information renforce mon besoin que toute la lumière soit faite.

Aujourd'hui, je témoigne pour que la vérité puisse être recherchée, pour que les faits soient entendus et pour que personne n'ait à porter seul un tel poids pendant des années. Mon objectif n'est pas la vengeance. Je souhaite simplement que la justice puisse accomplir son travail, que les responsabilités soient établies et que d'autres victimes trouvent peut-être, elles aussi, la force de parler.

Après de nombreuses années de silence, j'ai trouvé la force d'entamer des démarches auprès des différentes instances compétentes afin que les faits puissent enfin être examinés.

Mais, à mesure que mes recherches avançaient, j'ai découvert avec stupeur que les parties les plus importantes de mon dossier militaire avaient disparu.

Le dossier administratif de mon passage à l'École de gendarmerie de Tulle, dans lequel figuraient notamment les nombreux comptes rendus disciplinaires que cet instructeur m'imposait de rédiger ou qui étaient établis à mon encontre, ne m'a jamais été communiqué malgré mes demandes répétées.

Plus troublant encore, mon dossier médical de l'époque, qui aurait permis d'étayer plusieurs des éléments que je relate aujourd'hui, ne m'a pas été transmis non plus. Mes demandes restent, à ce jour, sans réponse.

Je ne sais pas ce qu'il est advenu de ces documents. Je constate simplement que ceux qui pourraient éclairer le contexte des faits que je dénonce sont précisément ceux auxquels je n'ai toujours pas accès.

Depuis que ma mémoire est revenue, une question ne cesse de me hanter : suis-je la seule ?

Au regard des éléments dont je dispose aujourd'hui, j'ai la conviction que cet homme a pu faire d'autres victimes. C'est précisément pour cette raison que je témoigne, dans le strict respect de la loi et du principe fondamental de la présomption d'innocence.

Mon avocate possède une photographie prise à l'époque, par eux même avec mon appareil photo jetable personnel... L'homme qui apparaît au centre est, selon mes souvenirs, l'instructeur que je mets en cause. À ses côtés se trouve un autre instructeur, dont je me souviens comme ayant gravité autour de lui durant cette période (son complice).

Je recherche aujourd'hui désespérément leur identité.
Non pas par esprit de vengeance.
Mais parce qu'après vingt années de silence imposé par le traumatisme, j'aimerais qu'ils se retrouvent face à la femme de trente-neuf ans que je suis devenue, et non plus devant la jeune fille de dix-neuf ans qu'ils ont profondément meurtrie.

J'aimerais qu'ils me regardent dans les yeux et qu'ils m'expliquent ce qui leur est passé par la tête.

Avec le recul, je réalise que toute ma vie professionnelle a, d'une certaine manière, été influencée par cette histoire. Je suis devenue éducatrice spécialisée auprès de jeunes délinquants, puis j'ai travaillé en psychiatrie. Pendant longtemps, sans même en avoir conscience, j'ai cherché à comprendre les mécanismes humains : la violence, l'emprise, le passage à l'acte, le traumatisme et la reconstruction.

Aujourd'hui, c'est à votre aide que je fais appel.

Si vous reconnaissez ces hommes, si vous connaissez leurs noms, si vous avez été scolarisé à l'École de gendarmerie de Tulle entre décembre 2005 et mars 2006, ou si vous détenez des informations susceptibles de permettre leur identification, je vous remercie de me les transmettre.

Je formule cette demande dans le respect de la justice, du contradictoire et de la présomption d'innocence. Je souhaite uniquement que toute la vérité puisse être recherchée et que chacun puisse répondre de ses actes, le cas échéant, devant les autorités compétentes.

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